Laure Essinger

L’ART BRUT

par webmaster


« Des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de toute culture artistique, dans lesquels donc, le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en oeuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leurpropre fonds et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe. »
« Des productions de toute espèce ― dessins, peintures, broderies, figures modelées ou sculptées, etc. ― présentant un caractère spontané et inventif, aussi peu que possible débitrices de l’art coutumier ou des poncifs culturels, et ayant pour auteurs des personnes obscures, étrangères aux milieux artistiques professionnels. »
« Œuvres ayant pour auteurs des personnes étrangères aux milieux intellectuels, le plus souvent indemnes de toute éducation artistique et chez qui l’invention s’exerce, de ce fait, sans qu’aucune incidence en vienne altérer la spontanéité. »
Jean Dubuffet
D’après le livre de Françoise MONNIN ― « L’Art Brut » ― Éditions Scala/1997

NEUVE INVENTION
« La notion d’art brut doit être regardée seulement comme un pôle. Il s’y agit de formes d’art moins tributaires que d’autres des conditionnements culturels… », ainsi fut établi par Jean DUBUFFET le Catalogue de la Collection de l’art brut et qui ne retenait que les travaux vraiment significatifs, « en excluant un grand nombre d’oeuvres moins nettement
caractérisées, …dues à une centaine d’auteurs différents. »
Le parti était pris de verser ces dernières oeuvres, plus éloignées du pôle de l’art brut, dans un fonds distinct, provisoirement intitulé Collection annexe, avec le projet d’en établir un catalogue séparé, afin de prévenir toute confusion. Jean DUBUFFET s’est vivement intéressé à cette production inassimilable par le système, et il s’est mis à acquérir des travaux destinés cette fois délibérément à la Collection annexe – collection qui, dès lors,
cessait de servir simplement à la relégation des cas inclassables et qui allait
prendre une signification positive. Aussi bien, pour marquer cette valorisation, DUBUFFET a-t-il résolu, en 1982, de donner à cette collection le nom de Neuve Invention, désignant ainsi des oeuvres qui, sans procéder de la rupture mentale radicale des auteurs d’art brut proprement dits, étaient assez indépendantes du système des beaux-arts pour créer une
sorte de porte-à-faux ou de contestation culturelle et institutionnelle.
La collection Neuve Invention a mis en évidence un malaise généralisé et a ouvert une brèche, si ténue soit-elle, dans le barrage institutionnel.
D’après le livre de Michel THEVOZ « Neuve Invention » – Collection de l’art brut
Cette famille d’expression est résolument festive, conviviale, et fraîche (pas naïve pour autant). Elle est foisonnante et imprévisible. Elle invente son propre langage et sa grammaire plastique. Elle ouvre un nouveau chant de réflexion sur l’art, sa genèse, sa sociologie, son commerce, ses systèmes de légitimation ; Elle stimule, nourrit, pénètre la création plus « savante » et poursuit naturellement l’action subversive et libératoire qu’avait initiée Jean Dubuffet.

HISTOIRE D’UNE RECONNAISSANCE
1492 Sébastian BRANT publie « la Nef des fous »
1907 (Paris) Marcel REJA (pseudonyme du Docteur MEUNIER) publie « l’Art des fous »
1922 (Heidelberg) Hans PRINZHORN dit ne pas s’intéresser à l’Art des fous mais à
l’Art spontané de personnes internées
1919 Début de la collection de Hans PRINZHORN à l’hôpital de Heidelberg en
Allemagne. Non loin de là, à Cologne, Max ERNST réunit, pour l’exposition Dada, des oeuvres de malades mentaux, des dessins d’enfants, des objets d’art primitif et des objets trouvés.
1921 Walter MORGENTHALER publie Adolf Wölfi, un aliéné artiste.
1922 Hans PRINZHORN publie Expression de la folie.
1922 (Paris) Grâce à Max ERNST, Paul ELUARD et les surréalistes découvrent les
recherches de PRINZHORN.
1924 (Paris) Jean VINCHON publie l’Art et la folie.
1937-1941 - L’exposition itinérante l’Art dégénéré, organisée par le Parti National
Socialiste, en Allemagne et en Autriche, présente des oeuvres d’art moderne et
des oeuvres de malades mentaux, afin de les ridiculiser.
1945 Jean DUBUFFET, invité par l’Office national suisse du tourisme, découvre les
collections des asiles de Berne, de Genève, et de la prison de Bâle. Le professeur Ladame lui offre quarante dessins. A son retour en France, le peintre propose une première définition de l’Art Brut.
1947 (Vence) Inauguration de la Galerie Alphonse CHAVE
1948 (Paris) André BRETON signe l’Art des fous, la clef des champs. Il participe, avec Jean DUBUFFET, à la création de la compagnie de l’Art Brut. En Europe du Nord, naissance du mouvement COBRA.
1959 Claude MASSE, artiste, mais aussi découvreur d’artistes d’art singulier,
commence sa collection « Art Autre – Autre Art »
1964 Première parution des Cahiers de l’Art Brut
1967 Exposition de sept cents oeuvres (soixante-quinze auteurs) au Musée des Arts
Décoratifs à Paris. Catalogue préfacé par J.DUBUFFET
1969 André MALRAUX obtient le classement « monument historique » du Palais Idéal du Facteur Cheval
1971 DUBUFFET offre sa collection, soit 4 104 oeuvres (133 auteurs) à la ville de Lausanne. Cinq ans plus tard, la collection, installée dans un château du XVIIIème siècle, ouvre au public. Conservateur : Michel THEVOZ.
CARDINAL Roger choisit le thème « Outsider art » pour définir l’art brut.
1972 DUBUFFET propose le terme « d’Art Hors-les-Normes » pour qualifier les oeuvres presque brutes.
1975 L’art Brut, de Michel THEVOZ, est publié chez Skira à Genève
1978 Alain BOURBONNAIS et Michel RAGON organisent l’exposition les Singuliers
de l’Art au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1981 Luis MARCEL crée la Galerie des 4 Coins (consacrée à l’Art Brut et Neuve
Invention, …)
1982 Jean DUBUFFET choisit le terme de « Neuve Invention » pour désigner les oeuvres « pas tout à fait brutes » de sa collection.
1983 Ouverture du musée de la Fabuloserie à Dicy
1984 Ouverture du musée de l’Aracine à Neuilly-sur-Marne
1985 Mort de Jean DUBUFFET
1988 Naissance de l’Art en Marche et, création et organisation du Festival d’Art
Contemporain de Toulouse. La particularité de cette manifestation est de s’adresser particulièrement aux galeries qui défendent l’Art Brut, l’Art-hors les-normes et cette frange de l’Art Contemporain rattachée à l’Art Brut.
1989 Ouverture du Site de la Création Franche à Bègles qui est invité d’honneur à la
2ème édition du Festival de l’Art en Marche à Toulouse avec 100 artistes.
1995 Ouverture de l’American Visionary Art Museum de Baltimore
1997 Don de la collection de l’Aracine au Musée d’Art Moderne et Contemporain de
Villeneuve d’Asq
1997 Lucienne PEIRY publie « L’Art Brut » chez Flammarion
Luis MARCEL inaugure l’Art en Marche, Musée, Centre d’Art à Lapalisse (Allier)
2000 Luis MARCEL inaugure l’Art en Marche, Collection Idéale à Hauterives (Drôme)
Luis MARCEL crée le concept de Fédération de Villes Brutes et singulières françaises et européennes
2004 Mise en oeuvre du projet de Luis MARCEL et de l’Art en Marche de Fédération
de Villes Singulières en France et en Europe en collaboration avec le Palais Idéal du Facteur Cheval ;